Les propos racistes d'une enseignante

Les propos racistes d'une enseignante [165]

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Vous êtes directeur-trice d'une école et apprenez qu'une maman a contacté Unia car sa fille faisait l’objet de remarques déplacées à connotation raciste de la part d’une enseignante. Vous organisez une rencontre à l’école avec la maman et l’enseignante mise en cause mais qui ne débouche pas sur le résultat attendu. Au contraire, les tensions se sont exacerbées. La maman dépose alors une plainte à la police.

Les propos racistes d'une enseignante

avis juridique

Avis juridique: 

Ce type de tensions et les propos tenus, s'ils sont avérés, sont constitutifs de harcèlement discriminatoire au sens des législations anti-discrimination.

On ne peut toutefois pas se baser sur de simples rumeurs.

Afin d'établir la véracité des faits, l'inspection scolaire peut être amenée à intervenir au sein de l'établissement afin d'entendre les élèves et les professeurs et de mener une enquête au sein de l'école. Le rapport d'inspection concluant à la véracité des injures à caractère raciste pourra constituer une preuve à présenter devant un tribunal lors d'un éventuel recours judiciaire (action en cessation).

Dans ce cas de figure, l'école pourrait être tenue, moyennant le payement d'une astreinte ( somme d'argent à payer par jour de retard dans l'exécution du jugement) de tout mettre en œuvre pour faire cesser la situation. (sanction disciplinaire ou déplacement du professeur incriminé).

L'enseignante pourrait quant à elle être tenue de dédommager forfaitairement l'étudiante harcelée.


Législation sur le bien-être au travail et contre le harcèlement
Les comportements interdits

conseil au manager

Conseil du manager: 

Dès que vous êtes informé de ce type de situation, vous devez convoquer l’enseignante et l’élève pour entendre les différentes versions. Vous pouvez demander l’intervention du Centre PMS, d’un médiateur de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui est une tierce personne neutre qui peut aider à pacifier le conflit ou d’un autre service de la Fédération Wallonie-Bruxelles (équipes mobiles, …). La médiation est une opportunité pour prendre en compte les éléments contextuels, renouer un dialogue entre les deux parties et trouver une solution négociée. Vous pouvez aussi contacter les services d'aide à la jeunesse qui sont compétents pour travailler avec les élèves et/ou leurs parents. En cas de tensions dans votre établissement, vous pouvez par exemple organiser une journée thématique avec les enseignants et les élèves, en favorisant le débat au sein de l'école, voire en organisant une formation pour les professeurs (cliquez pour plus d'info sur Accompagnement et formation organisé par Unia).

Consultez ces documents :
- le guide pratique relatif à la prévention et la gestion des violences en milieu scolaire :
http://www.enseignement.be/index.php?page=26937&navi=3524&rank_page=26937
- le dispositif-pilote de mise en place de « cellules bien-être » dans les établissements scolaires:
http://bit.ly/Wykfxv

Si l’enseignante nie les faits de racisme, si elle se plaint de l’élève à ton tour, demandez de l’aide au conseiller en prévention. Chaque pouvoir organisateur doit se doter d’un service interne de prévention et de protection au travail qui est composé au moins un conseiller en prévention. Dans ce cas, vous pouvez aussi demander le numéro vert à disposition des enseignants : 0800/20410, accessible du lundi au vendredi, de 08h30 à 17h.

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Comment: 
Je suis directeur d'un athénée en Région bruxelloise, à population majoritairement d'origine nord-africaine mais de nationalité belge. En septembre, une jeune enseignante de 22 ans a rejoint mon équipe éducative comme professeur de sciences pour les trois premières années du secondaire. Originaire de Bastogne, d'un tempérament bien trempé, cette enseignante a choisi de venir travailler à Bruxelles, aucune place pour enseigner cette matière n'étant disponible en Province de Luxembourg. A Bruxelles, le manque de profs dans cette matière étant récurent, j'ai accueilli cette nouvelle recrue à bras ouvert. Après lui avoir présenté le projet éducatif et les spécificités de la population de l'école, j'ai été quelque peu surpris par sa réaction: "Vous savez, je viens d'une région où on en a vu d'autres, alors moi, deux ou trois basanés qui font de leur nez, cela ne me fait pas peur! Ils veront vite qui ils ont devant eux!" Mettant ces propos sur le compte d'un jeunisme et d'une volonté de paraître rassurante face à son directeur, j'y ai attaché peu d'importance, sans toutefois souscrire à ces propos. Durant le premier mois de cours, je l'ai vue sûre d'elle et apparement à l'aise avec ses classes. Au cours d'une inspection au bout su second mois, j'ai pu observer une prof ferme sur le plan de la discipline et à l'aise dans sa matière. Cependant, j'ai pu observé également que deux élèves réputés turbulents, que j'ai à de nombreuses reprises reçus dans mon bureau après qu'ils aient semé la pagaille en classe, semblaient littérallement terrorisés par leur prof, au point de ne jamais lever les yeux vers elles et de ne répondre à ses questions qu'à voie feutrée. Si je pouvais imaginer que ma présence en classe y était en partie pour quelque chose, ce comportement inhabituel m'a poussé à les convoquer pour en avoir le coeur net - les paroles de la jeune ensignante au moment de son entrée en fonction m'étant revenu en tête. Après quelques insistances, Malik et Javi m'ont revélé un fait particulièrement déroutant. Dès la rentrée, la professeur ayant apparement repéré les potentiels jeunes cancres qu'elle avait face à elle, les a convoqué individuellement à la récréation. A chacun d'eux, elle a tenu des propos d'une telle violence, sur leurs familles, leurs habitudes, leurs religions - leur faisant croire qu'elle avait la possibilité de les exclure de l'école de par ses relations et ses prétendus liens familiaux avec moi, qu'ils en ont été tétanisés. "Je n'en ai pas dormi la nuit pendant une semaine" me confia Javi. "Vous vous souvenez Monsieur, j'ai été malade pendant trois semaines? Et bien c'est à cause de Madame! Je n'osais plus venir en classe. J'avais peur qu'un des ses frères ne vienne me tirer dessus en classe! ''La vermine de ton espèce, on la tue comme des lapins dans ma région'', qu'elle m'a dit!". Abasourdi par la violence des événements, je décidais tout d'abord de venir observer l'enseignante dans d'autres classes, de manière régulière. Au bout d'une semaine, je la convoquais pour lui faire mon rapport d'observation. Celui-ci était  dans l'ensemble positif, à part quelques remarques sur la vitesse à laquelle elle dispensait ces explications, mais rien d'anormal. A la fin de l'entretien, je lui demandais comment elle percevait ses élèves et quels étaient leurs rapports avec eux. "Oh vous savez, j'ai pas de problèmes avec ces singes! La plupart viennent de contrées où il n'y a même pas d'électricité et où l'on mange par terre, alors les civiliser, ça fait partie de mon job!". Mon sang n'a fait qu'un tour... Sans sourciller, j'ai gardé mon sang froid et lui ai demandé si elle était consciente qu'elle tenait des propos racistes. Elle a paru étonnée, argumentant qu'elle venait d'une famille où on avait fait la guerre contre les nazis et qu'elle ne pouvait être en aucun cas raciste... Je lui ai alors expliqué les propos qui m'avaient été rapportés, en les modifiant quelque peu de manière à ce que ces malheureuses victimes ne soint pas démasquées. Ayant audité l'ensemble de ces classes, elle pouvait difficilement faire des rapprochements. Elle s'est effondrée en larmes, ne comprenant pas en quoi son comportement été répréhensible. Au bout d'un moment, je lui ai parlé de Unia. Elle n'en avait jamais entendu parler, ni à l'école, ni au cours de sa formation. "Vous avez bien eu un cours de diversité culturelle dans votre Haute Ecole?" lui demandais-je. "Oui, quelques heures. On est venu nous parler de projets en Afrique pour les malheureux, et un peu de démocratie. On a aussi parler des migrations, comme quoi c'était un phénomène ancien, qui existait à toutes époques. On a parlé des mineurs italiens, et des Afghans qui sont les plus nombreux. On a fait un jeu avec des chaises pour montré que contrairement à ce que l'on pensait, et bien les migrants n'allaient pas nous envahir, mais qu'ils bougeaient d'abord entre les pays près de chez eux... Et que notre identité changeait au cours de notre vie. On nous a parlé de l'appartenance aussi, comme quoi on était d'une village, d'une religion, d'une orientation sexuelle..." Et vous en pensez quoi? demandais-je à la jeune fille désemparée, "Je ne comprends pas le lien avec mes élèves." Plutôt que de chercher à dénoncer ces faits - pour lesquelles j'avais pleinement conscience de la gravité - j'ai choisi la voie formative. J'ai fait appel à un coach de Unia, qui l'a suivie durant quelques semaines. J'ai tenu bon face aux questions des collègues, énervés, m'acusant de complicité. J'ai également, de ma propre initiative, convoqué les parents de Malik et de Javi, pas au courant de l'affaire. Ils ont pris l'initiative d'inviter la professeur chez eux. Elle a accepté. Ce témoignage relate donc une histoire qui s'est bien terminée. Il se veut par là être un message fort lancé à la communauté éducative et aux Hautes Ecoles. Attention au piège de l''éducation à la diversité. S'il n'y a pas de programme prédéfini, on peut y proposer aux élèves le meilleur comme le pire. Et ainsi, comme ce fut le cas pour les formations suivies par cette enseignante, avoir proposé un programme tellement éloigné de la réalité du terrain d'une classe et des questions réelles qui s'y posent, que l'éducation de base à la diversité et à la lutte contre le racisme étaient passés complétement au-dessus de sa tête...