Une animatrice voilée

Une animatrice voilée [193]

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Une jeune stagiaire travaille avec son foulard dans l'organisation de jeunesse que vous dirigez , elle est en contact avec le public (12-18 ans), sans qu’il n’y ait jamais eu de problèmes. Un poste d’animatrice se libère et elle pense pouvoir y accéder. Mais le Conseil d’Administration refuse sa candidature au motif qu’elle ne peut être neutre tout en arborant un signe convictionnel.

Une animatrice voilée

avis juridique

Avis juridique: 

Si un employeur refuse d'engager une travailleuse qui porte le voile, l'employeur se rend coupable d'une discrimination directe s'il ne peut invoquer une exigence professionnelle essentielle et déterminante (conditions absolument indispensables à la fonction) et/ou si cette mesure d’interdiction n’est pas proportionnée par rapport à l’objectif poursuivi.


L’exigence professionnelle essentielle et déterminante

En l’espèce, le CA, en refusant la candidate, commet une discrimination selon la loi. La question posée dans ce cas est de savoir si lorsque l’on est en posture de référence éducative pour un public adolescent , la neutralité d’apparence doit être imposée comme une condition essentielle aux missions professionnelles, afin d’atteindre les objectifs pédagogiques?

Dans le secteur des organisations de jeunesse, les pouvoirs publics octroient des agréments sous réserve de l'observance et de la mise en œuvre de certaines exigences (démocratie, émancipation, esprit critique, solidarité, etc.). Il n’est pas explicitement fait mention d’un pré-requis de neutralité d’apparence. Par contre, comme pour tout-e travailleur-euse lié-e à une mission éducative, l’impartialité est requise (égale distance, équité) et l’ouverture des jeunes à toutes les visions du monde fait partie des missions éducatives. C'est une exigence essentielle et déterminante.

conseil au manager

Conseil du manager: 

Vous ne pouvez pas préconiser une interdiction absolue et générale du port d’un signe convictionnel pour un-e professionnel-le de la jeunesse (qu’il soit donc salarié, bénévole ou stagiaire). Par contre, ce dernier est tenu de démontrer un certain nombre d’aptitudes professionnelles essentielles et déterminantes dans le cadre de ses missions. C'est parce que l'animateur-trice, l'éducateur-trice devient un-e adulte référent-e dans le parcours des jeunes que ce secteur permet de mettre la compétence d’impartialité des actes au cœur des aptitudes essentielles et déterminantes. Ainsi, en tant que responsable, vous exigez que tous les membres de l'équipe ayant la même fonction (animateurs, éducateurs sportifs) aient les mêmes droits et obligations, qu’ils soient bénévoles, stagiaires ou salariés permanents. Ils doivent tou-te-s répondre aux mêmes exigences essentielles de la mission éducative spécifique de l'organisation, laquelle doit définir des critères afin de ne pas faire des liens spontanés entre des convictions des candidat-e-s et les aptitudes ou non-aptitudes professionnelles.

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Comment: 
Je rappellerai la loi, à savoir qu'il est interdit de refuser ce poste à cette jeune fille, ce qui serait clairement une discrimination du point de vue légal mais aussi au niveau éthique. Je serais dès lors opposé à l'avis du CA et tenterais de défendre sa candidature. Toutefois, le métier d'animateur-trice exige de pratiquer des activités pour lesquelles le foulard ne doit pas être un frein. Ma bonne pratique est de prévenir les candidates voilées que le foulard ne devra pas empêcher d'encadrer certaines activités prévues dans le programme pédagogique : la piscine, la mixité des équipes pédagogiques, ou encore le fait de se tenir la main par exemple lors de certains jeux ou rondes. Dans le cas cité, le refus d'engager cette fille serait d'autant plus incohérent par le fait qu'elle a été une stagiaire irréprochable !